L’affaire Quadriga : les leçons d’une escroquerie de plusieurs milliards d’euros


L’affaire Quadriga : les leçons d’une escroquerie de plusieurs milliards d’euros

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juin 25, 2019 11:09
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Lorsqu’en décembre 2018 Gerald Cotten décédait
subitement au cours de son voyage en Inde, le monde de la cryptomonnaie avait
été enflammé par les conséquences de ce départ tragique. Et la raison est
simple : en se fermant pour toujours, les lèvres du jeune milliardaire
emportaient le secret d’un mot de passe qui seul aurait permis d’accéder aux
180 (on dit même 183) milliards d’euros de bitcoin. Où se trouve le mot de
passe ? On a posé la question à Jennifer Robertson, son épouse. Et la
belle Veuve n’en savait rien, du moins c’est ce qu’elle avait dit dans un
sanglot. Tout le monde l’a regardé avec méfiance : et si elle était dans
le coup ? D’ailleurs, est-il vraiment mort, le Gerald ? Après tout,
QuadrigaCX sa plateforme de stockage à froid de cryptoactifs n’a pas bonne
presse.

Quelques mois après la mort de Gerry (c’était
son surnom), l’ombre de l’ancien PDG de QuadrigaCX plane à nouveau sur
l’actualité. Un rapport vient de révéler que le jeune milliardaire avait
organisé une vaste fraude sur les comptes cryptos de ses clients.

Les révélations accablantes du rapport Ernst & Young

Le rapport d’Ernst & Young est formel sur
la question, au moins 76 000 clients de la bourse de cryptomonnaies ont
perdu dans cette fraude au total 162 millions dollars américains. Environ deux
tiers de ce montant sont détournés sous la forme de cryptomonnaies. Gerald
Cotten aurait opéré un transfert de l’argent déposé par les clients sur ses
comptes personnels et sur d’autres plateformes de cryptomonnaies. Il aurait
aussi été coupable d’imprudence puisqu’il avait perdu beaucoup de cet argent
dans des transactions à haut risque.

On le sait le PDG de QuadragaCX était un
trading hyperactif qui avait effectuées quelques 67 000 transactions de
trading algorithmique. Pour passer inaperçu et probablement influencer avec
plus de succès les cours de certains cryptos, le jeune milliardaire canadien
préférait opérer anonymement et quand il devait créer un compte, il prenait un
pseudonyme, comme le fameux Chris Markay qui était celui d’un de ses principaux
comptes de trading. Et il avait transféré, entre 2016 et 2018, au moins 17.000
bitcoins, 1 000 000 d’éther et 190.000 de litecoins. Et c’est loin d’être
fini, si l’on en croit le rapport Ernst & Young qui précise que « des
montants significatifs de crypto-monnaies ont aussi été transférés à des
détenteurs de portefeuilles que nous n’avons pas pu identifier. »

Aujourd’hui, l’on n’a pu récupérer que 33
millions de dollars et il faut y compter le patrimoine de Cotten dont son
épouse a hérité et qui est estimé à 12 millions de dollars.

Une responsabilité personnelle du PDG de QuadragaCX

Au total, Gerald Cotten n’a pas seulement
essayé d’influencer le cours des cryptos. Il a également fait preuve de
certaines légèretés de nature à favoriser les fraudes. Par exemple, il a laissé
certains clients s’inscrire sur la plateforme sans fournir les informations
réglementairement exigées : il s’agit des informations relatives à
l’identification des clients et les informations légales permettant de lutter
contre le blanchiment. Ce laxisme montre bien une volonté de jouer en eaux troubles.
Et l’organisation tout aussi relâchée de son service comptable le prouvera
d’ailleurs.

En effet, pour parvenir à manipuler autant de
ressources d’une façon aussi libre au sein de l’entreprise, le PDG a bénéficié
d’un environnement de gestion peu contraignant qu’il a lui-même
orchestré : Quadraga CX n’avait pas de contrôle interne et fonctionnait
sans ségréger les fonds propres de la plateforme et ceux de ses clients. Par
conséquent, la comptabilité de la bourse était l’une des plus simplifiées, ce
qui permettait aussi facilement au PDG d’opérer des transferts les plus risqués
sans aucun contrôle, de détourner les fonds (en fiduciaire ou en cryptos) de
ses clients vers ses propres comptes.

La question de la sécurité des bourses de cryptomonnaies de
nouveau sur la table

Le scandale de Quadraga aura soulevé de façon
encore plus pressante le débat sur la fiabilité des plateformes de stockage des
cryptomonnaies. En effet, l’on a passé trop de temps à se fier à la solidité de
la blockchain sans toujours tenir compte de toutes les manipulations comptables
pouvant être montées par les responsables de ses entités de placements de
cryptomonnaies. Ce scandale aura une fois de plus confirmé la capacité des
« baleines » à influencer les cours des cryptomonnaies. L’autre question
que l’on n’aborde pas souvent, mais qui pourtant reste d’actualité, c’est celle
des délits d’initiés. Lorsque des individus comme Cotten ont pu avoir les
coudées aussi franches pour tant de manipulation sur les cryptos déposés dans
une bourse, il faut vraiment se demander combien de personnes reçoivent des
informations sensibles avant les autres et opèrent des positionnements de
trading sur cette base. En un mot, plus que jamais la négociation des
cryptomonnaies reste à haut risque.

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Cet articlé a été écrit par Nicolas Gaiardo